Dans le courant de l’été 2019 et 2020, Lolita Bourdet a installé sa Caravana Obscura* dans les Murs à Pêches de Montreuil afin de mener une enquête prospective expérimentale sur site, en y associant ses occupant·e·s.



Ce territoire, situé à la bordure de l’Est parisien, forme un labyrinthe de murs en gypse orientés Nord-Sud sur lesquels des arbres fruitiers étaient traditionnellement taillés en espaliers. Restituant la chaleur du soleil la nuit, les murs permettaient la production de variétés de fruits dans un terroir initialement inadapté. Au 17e siècle, alors que la technique est à son apogée, le site occupe 320 hectares et produit chaque année 17 millions de fruits sur plus de 600 km de murs linéaires. La pêche de Montreuil devient un produit de luxe incontournable invité sur toutes les tables royales d’Europe.

Avec l'arrivée du chemin de fer, la pratique cesse progressivement, les parcelles sont peu à peu délaissées, polluées par les usines avoisinantes ou détruites au profit d’aménagements urbains.  Dans les années 80, avec l’accord de la municipalité, les communautés tziganes de Montreuil trouvent refuge dans les parcelles encore vacantes. En parallèle, des associations de riverains se forment et militent pour la préservation des murs afin de faire classer le site. Sur les 35 hectares encore existants, 8,5 hectares sont protégés.

De nombreux collectifs et entreprises s’y implantent à leur tour en s’engageant dans des dynamiques solidaires. Elles forment aujourd’hui un laboratoire à ciel ouvert d’expériences écologiques, culturelles et sociales dans lequel chaque microcosme développe son propre équilibre et ses luttes. Le site, limitrophe depuis les années 50 de la cité HLM du Bel-Air, est toujours en proie à des projets de développement urbains qui inquiètent ses occupant·es. L’arrivée d’une ligne de tramway, d’un site de maintenance RATP et d’un « éco-quartier » Bouygues prévoit en effet l’expulsion de plusieurs familles et les chantiers de décontamination du terrain de l’usine EIF, anciennement implantée sur le site sont contestés.

Le dialogue entre les usager·es de ce territoire enclavé intéresse particulièrement l’artiste qui y fait un parallèle avec l'aspect labyrinthique des parcelles vues du ciel. Cette série propose d’explorer ce patrimoine français oublié en capturant la mémoire des ses occupant·es avant que de nombreuses mutations urbaines ne le défigurent. L’artiste souhaite ainsi offrir une visibilité aux communautés marginalisées qui y vivent, en réaffirmant, à travers l’image, l’identité culturelle multiple de ce territoire d’une rare beauté.

Projet soutenu par la DRAC, la ville de Montreuil, l’ANCT, Est Ensemble et le département de la Seine Saint Denis.